(cliquer pour tout lire) Souvenez-vous, mercredi 18 mai 2016, en plein mouvement contre la loi travail, le syndicat de police Alliance ravissait la place de la République au mouvement Nuit Debout. Il s’agissait alors pour le syndicat de mettre en scène une réconciliation avec la population en s’affichant avec quelques bonnes âmes d’extrême-droite. Alors qu’un contre-rassemblement est gazé par les forces de l’ordre puis repoussé des abords de la place, une manifestation sauvage s’improvise. Sur son chemin, une voiture de police bloquée dans la circulation est prise à partie par la foule et prend feu après qu’un fumigène a atterri sur sa plage arrière.Donc, il n’y a pas eu de poulet grillé quai de Valmy, et c’est tant mieux. D’une manière générale, les opposants les plus radicaux aux exactions du capitalisme font preuve d’une juste capacité à l’autolimitation de la violence : c’est la preuve de leur maturité politique.
En suivant ces trois liens,
ici,
ici, et
ici vous aurez les trois premiers épisodes des audiences du procès qui prétend établir la vérité sur cette sombre (ou trop claire) histoire. Les trois premières chroniques sont écrites successivement par Frédéric Lordon, Nathalie Quintane et votre serviteur. Celle qui devrait paraître demain, sur la dernière audience (le verdict sera connu plus tard) sera écrite par Alain Damasio, il vous faudra vous reporter directement à Lundi matin pour la lire, demain, je serai loin des écrans et ne m’en porterait pas plus mal.
Basé sur le travail d’un ami, voici le rappel de l’affaire pour qui en aurait besoin :
Les 4 premiers mis en examen (Léandro, Angel, Antonin, Bryan) ont tous été arrêtés quelques heures après les faits ou le lendemain matin. Ils étaient tous interdits de manif depuis des semaines mais avaient gagné l’annulation des interdictions par le conseil d’état le matin même ou la veille. D’où le soupçon que leurs arrestations étaient en réalité une sorte de vengeance de la police afin de démontrer que leurs interdictions étaient justifiées. Quoi qu’il en soit, ce qui est certain et confirmé dans le dossier d’instruction c’est que la seule charge qui pèse contre eux au moment de leur arrestation est un témoignage anonyme. Témoignage sous x qui s’est avéré provenir d’un policier des renseignements de la préfecture de Paris (cela a été découvert à cause de la bourde d’un greffier). Le même témoin anonyme policier avait d’ailleurs assuré de la présence d’une ou deux autres personnes interpellées elles aussi mais qui ont eu la chance de pouvoir démontrer qu’ils étaient en cours à ce moment là. C’est dire de la probité de ce témoignage. La levé de son anonymat a été réclamée par la défense mais le juge a refusé au prétexte hilarant que je copie/colle :
Saisie ultérieurement par les avocats, la Chambre de l'Instruction statuait sur cet incident ct rejetait les requêtes en nullité, considérant que la procédure du témoignage sous X avait été respectée, que la levee de l'anonymat telle que demandée présentait un risque éleve pour la sécurité du témoin, ct enfin et surtout que la qualite de policier averée, loin de rendre suspecte sa déposition, ne faisait que la renforcer puisqu'elle emanait d'un fonctionnaire assennenté, qui d'ailleurs avait fait part d'objectivité dans son témoignage
en indiquant notamment qu'il n'était pas en mesure d'identifier tous les auteurs.
Ce sera certainement un gros bout dans les débats.
Ils sont tous les 4 très actifs dans les mouvances politiques de jeunes comme l’action anti-fasciste Paris Banlieue ou le MILI.
Les 5 autres ont été arrêtés plus tard après enquête policière.
L’essentiel des débats va reposer sur le travail d’identification à partir des vidéos prises ce jour-là et des vêtements trouvés chez les uns et les autres. Il y aurait aussi dû avoir tout un truc sur la tentative d’homicide mais le chef d’inculpation a été abandonné en fin d’instruction. Pour 3 d’entres eux qui étaient seulement sur place, il sera beaucoup question du chef de « Participation à un groupement violent » qui n’implique pas d’avoir commis les violences en question pour être poursuivi. (Une bonne analyse de ce délit est consultable ici :
https://lundi.am/Delit-de-participation-a-un-groupement-violent)
Léandro Lopes (33 ans) : Ancien postier en formation d’éducateur spécialisé. Il est reconnu a proximité de la voiture mais ne commet aucune violence. Il est donc seulement poursuivi pour participation à un groupement.
Bryan Morio (21 ans) :, étudiant. La police commence par l’accusé d’être un des assaillants mais le problème c’est qu’ils reprochent le même acte à une autre personne. Ils doivent donc se raviser, l’identifient ailleurs dans le rassemblement. Il est poursuivi pour participation à un groupement. Il a aussi refusé de donner son ADN.
Angel Bernanos (19 ans) : étudiant. La police commence par l’accusé d’être un des assaillants mais le problème c’est qu’ils reprochent le même acte à une autre personne. Ils doivent donc se raviser, l’identifient ailleurs dans le rassemblement. Il est poursuivi pour participation à un groupement. Il reste à peu près un mois en détention malgré la méprise évidente et le fait qu’une autre personne soit incarcérée pour être le même « personnage » sur la vidéo.
Antonin Bernanos (22 ans) : étudiant.
Il est accusé d’être l’individu qui s’approche du policier qui vient de sortir son arme et lui assène des coups de poing à travers la vitre avant gauche (brisée) de la voiture. Puis de revenir avec un plot métallique qui est jeté à travers la vitre arrière juste avant qu’une autre personne n’y allume le fumigène. Les évènements qui sont censés le confondre sont très faibles. Il y a d’abord le témoignage du policier sous X, évidemment. Puis il y a tout un débat sur la couleur d’un caleçon retrouvé chez lui en perquisition qui semble ressembler à celui porté par l’assaillant. Est-il mauve, rose ou rouge clair ? Avocats, policiers et magistrats ne semblent pas tous d’accord …
David Brault (Kara) (28 ans): Avocate Picarda. Il est américain, trans et donc sans emploi ni domicile en France.
Elle s’est faite arrêter plusieurs semaines plus tard alors qu’elle se trouvait dans une manifestation. Les policiers l’ont reconnu. Elle est accusée d’avoir jeté un premier plot qui a explosé le pare-brise avant de la voiture. Elle a reconnu les faits et on peut imaginer que les juges et parties civiles insisteront sur le fait que derrière le pare-brise il y avait la policière et qu’elle aurait donc pu lui faire TRES TRES mal. Devant les juges Kara a d’abord tenu une position de repentance en s’excusant et en déclarant qu’elle avait pété un plomb. Dernièrement, il semblerait qu’influencée elle soit sur une position revendicatrice : je suis anarchiste et je vous emmerde. On verra. En tous cas, la taule n’est certainement pas une partie de plaisir en tant que trans. Les rumeurs veulent qu’elle aurait été agressée et embrouillée à de nombreuses reprises.
Nicolas Fensch : (40 ans) : Il lui est reproché d’être la personne qui frappe le policier avec une espèce de grande tige, ce qu’il reconnaît et regrette. Il est ingénieur en informatique et n’a absolument rien à voir avec les milieux politiques. Grosso modo, il se rend quelques semaines auparavant à sa première manif accompagné de sa mère. Là, il est juste scandalisé par la violence de la police et se politise à vitesse grand V. Sur son ordinateur, les flics retrouvent des textes intitulés « comment je suis devenu un casseur ». Je vous mets l’extrait du dossier d’instruction :
L'expertise informatique réalisée sur les ordinateurs et téléphone saisis chez l'intéressé révélait la presence de plusieurs textes qu'il avait rédigés expliquaient en ces termes "comment je suis devenu un casseur ' à la suite de sa participation à la manifestation du 28 avril2016.
Le mis en examen écrivait avoir "basculé" à la suite des violences policières qu' il disait avoir constatees, lui ayant fait prendre conscience de 1'état de la société, de la répression policière et du mensonge des médias.
Dans un second texte intitulé "Pourquoi ?''. il concluait à la nécessité de "montrer de manière violente que nous ne voulons plus de ce régime".
A partir du mois d'avril20 16 en effet, ses recherches internet demontraient sa volonté de se documenter sur les grèves, les manifestations, les violences urbaines, mais également sur les brutalités policières, les différents services de police et leur matériel de dotation (IGPN, DOSP, DRPP, Syndicat alliance, flashball, casque, grenade de désencerclement" ... ).
Par ailleurs, la preuve de recherches actives d'équipements de protection pour se rendre dans les marufestations violentes etait démontrée (lunettes de piscine, lance-pierre, fumigene ). Un portrait de lui porteur de ses equipements était d'ailleurs retrouvée, correspondant exactement à ce qu'il portait le 18 mai.
Il a été libéré il y a quelques semaines au motif qu’il n’entretiendrait aucun rapport avec les milieux politiques. Évidemment on peut s’attendre à ce qu’il se tienne à une repentance sincère et complète lors du procès mais de fait, il représente vraiment un concentré sucré de ce qu’est le « cortège de tête », avec toute la sincérité et le rapport épidermique à la situation que cela implique. C’est vraiment le précipité pur de la situation de ce printemps 2016.
Thomas Richaud (20 ans): étudiant. Il est arrêté le 26 septembre, donc des mois plus tard. On lui reproche d’avoir mis des coups de pied dans le coffre de la voiture, ce qu’il reconnaît. Il n’est pas incarcéré mais est sous CJ depuis.
Ari Rustenholz (31 ans) : Interpelé le 7 février après une longue et minutieuse enquête (en l’occurrence il était en contact avec la mère de Nicolas Fensch pour l’aider dans le soutien). Les policiers prétendent le reconnaître en train taper avec un « potelet » sur le véhicule. Il n’a fait aucune déclaration en GAV ni devant la juge.
Joachim Landwehr (28 ans) : Ce sera le grand absent. Il est considéré comment étant la personne ayant déposé délicatement le fumigène dans l’habitacle. De nationalité
Suisse il n’était pas extradable pour audition. Son identification est assez étonnante : « un renseignement émanant d’un service spécialisé parvenait aux enquêteurs concernant un individu très ressemblant, photographié à l’occasion d’une manifestation se nommant Joachim Landwehr et demeurant en Suisse ». Quoi qu’il en soit, il n’y a pas la moindre info à son propos si ce n’est qu’il n’aurait pas payé son avocat et qu’il risque donc de comparaître absent et sans défense.
Deux points :
- Les deux policiers se nomment Kevin Philippy et Allison Barthélémy. Ils ont eu très peu d’ITT mais déclarent être traumatisés à vie (ce qui s’entend, sans ironie). Alliance se porte partie civile mais on ne saura qu’en fin de procès sur la partie civile est jugée recevable par le tribunal.
-Le policier Kevin, alors que les premiers manifestants passaient autour de la voiture et mettaient plus ou moins des coups dedans en courant, a sorti son flingue. Un journaliste indépendant qui a par la suite été interviewé par toutes les télés (sans relater cette scène) a tout de suite hurlé : « range ton flingue, t’es filmé ! range ton flingue t’es filmé ! ». Et c’est donc à partir de ce moment là que la situation dégénère. Ce détail a été consciencieusement extrait de toutes les vidéos et de tous les récits diffusés médiatiquement mais il est attesté à 100%, vu de mes yeux vu. Bref, les avocats de la défense ne sont pas tous d’accord sur la pertinence de l’évoquer ou non, ils sembleraient plutôt contre pour ne pas faire valoir d’équivalence compliquée mais s’il en est question, il faut avoir en tête que c’est vrai.